Historique

« Le Roy, ayant voulu faire un voyage à Chambord pour y prendre le divertissement de la chasse, voulut donner à sa cour celui d’un ballet ; et comme l’idée des Turcs qu’on venait de voir à Paris était encore toute récente, il crut qu’il serait bon de les faire paraître sur scène. »

Mémoires du Chevalier d’Arvieux, 1735

La visite d’un envoyé du grand Turc à la cour de France en 1669 avait été l’occasion d’un étalage de fastes sans précédent. L’événement était de taille, puisque c’était la première fois qu’un ambassadeur de la Sublime Porte se rendait en Europe pour rendre visite à un souverain. Louis XIV entendait bien faire la démonstration indiscutable et définitive de la richesse et de la puissance de son royaume, dans une profusion d’or, d’argent, de diamants et de tissus précieux.

La turquerie (gravure)

Soliman Aga, l’envoyé turc, se révéla d’une incroyable prétention, prêtant à peine attention à l’apparat déployé en son honneur. Bien plus, alors que le roi en personne le recevait lors d’une cérémonie éblouissante, la lettre du Grand Turc dont il était porteur révéla qu’il ne s’agissait pas le moins du monde d’un ambassadeur au sens propre du terme, mais d’un émissaire beaucoup plus ordinaire… La fête somptueuse se terminait dans le ridicule.

Mais le Roi Soleil est un vrai grand seigneur. Loin de chercher à cacher une erreur qu’il doit essentiellement à son orgueil, il va tourner la situation à son avantage et prolonger le sourire un peu forcé de la cour dans un des plus grands éclats de rire de l’histoire de la scène. Il demande à Molière et Lully de lui préparer « un ballet turc ridicule » accompagné d’une comédie. Les deux compères ne mettent que peu de temps à écrire ensemble Le Bourgeois Gentilhomme, qui sera créé à Chambord le 14 octobre 1670. Molière, lui-même, jouera le rôle de Monsieur Jourdain et Lully celui du Mufti. Le roi s’en amuse tant qu’il voudra revoir la pièce une demi-douzaine de fois d’affilée, avant qu’elle soit reprise avec succès à Paris en novembre de la même année.